Voilà quelques temps que je médite un petit billet sur la situation en Grèce. Pour l'introduire, je n'ai pas trouvé mieux que ces quelques mots de l'excellent éditorialiste Maurice Ulrich:


"Combien vaut la Vénus de Milo? Combien valent Socrate, Platon, Aristote? Combien valent les frises du Parthénon, pillées par les Anglais et réclamées par la Grèce depuis des décennies? Combien vaut l'invention des premières formes de la démocratie? Combien valent les combats des patriotes grecs pour l'indépendance au XIXème siècle, la résistance grecque face à l'Allemagne et au nazisme, les combats contre les prétentions de la Grande-Bretagne, la résistance à la dictature des colonels et les déportations? Combien valent les canons de Navarone et le sirtaki, Melina Mercouri et le visage de Iannis Xenakis ravagé par un obus? Combien valent les films de Théo Angelopoulos, combien vaut l'Olympe, combien valent l'histoire et les mythes, combien vaut une nation, combien valent une terre, la mer et le ciel? Combien vaut un peuple? Et combien coûtent à la pensée, à la culture, à la beauté, à l'humanité, l'insatiable cupidité et les spéculations des esclaves du capitalisme qui se prennent pour des maîtres?"*


Car en somme, la question est là, et elle est fondamentale. Un pays peut avoir une culture immense et une histoire plus riches qu'aucun autre, cela ne compte pas. Tout ce qui compte, c'est précisément ce qui se compte. L'argent. Alors voilà, la Grèce a subi de plein fouet l'appétit vorace de spéculateurs intérieurs et extérieurs. Ne nous y trompons pas, ceux qui ont ruiné Hellas ont un nom, ils s'appellent marchés financiers, ils s'appellent UE, ils s'appellent FMI et ils s'appellent OTAN.


La Grèce a mal vécu la crise économique de 2008. Ce n'est pas la seule, loin s'en faut. Mais aux difficultés préexistantes s'en sont ajoutées de nouvelles qui n'ont pas aidé à son redressement. Alors, puisque c'est un pays de la zone Euro, certains marchés financiers ont, pour ainsi dire, flairé la bonne affaire. En spéculant sur la faillite de la Grèce, ils pouvaient remporter le jack-pot. L'idée est simple et ne date pas d'hier: en misant sur la chute de l'euro, on remporte de gros bénéfices au moment où celle-ci se produit, ce qui est inévitable en cas de faillite de la Grèce. De là à dire que certains ont eu intérêt à voir la Grèce tomber, et ont tout fait pour ça, il n'y a qu'un pas que je vous laisse franchir. Quatre nouveaux acteurs entrent alors en scène:


- L'OTAN. Cette organisation militaire contrôlée par les Etats-Unis, dans le but, au départ, de lutter contre un éventuel danger communiste, a senti l'occasion se présenter. La Grèce étant membre de l'OTAN, elle avait une obligation militaire à remplir depuis longtemps, ce qui faisait d'elle l'un des plus gros importateurs d'armes au monde, et en tout cas le plus gros d'Europe. Avec une Grèce aussi faible, on pourrait lui faire accepter n'importe quoi, et notamment d'augmenter son importation au profit des pays de l'OTAN exportateurs, au premier rang desquels, la France.


- L'Union Européenne. Alliance magique de 27 états solidaires dans la joie et dans la peine, l'Union Européenne est dotée d'un arsenal économique et financier imbattable et totalement dévoué à la solidarité entre états membres. La preuve: la BCE, Banque Centrale Européenne, qui prête aux états avec 1% de taux d'intérêt, a revu, courant février, son taux d'intérêt pour la Grèce. Celui-ci passait donc à 9%. Les autres pays de l'Union n'avaient plus qu'à se présenter en sauveurs, en prêtant eux-même entre 5 et 8%, engrangeant gratuitement le différentiel de 4% (puisqu'ils pouvaient toujours, eux, emprunter à 1%).


- Le FMI. Le FMI, c'est une belle institution internationale, qui prête aux pays pauvres avec les cotisations des pays riches. Non? Bon, ça c'est sur le papier. En réalité, le FMI est un usurier intraitable, qui maintient à dessein des peuples entiers dans la misère, comme c'est le cas en Haïti et dans plusieurs pays d'Afrique. La crise du capitalisme ne devait pas passer sous le nez de cette institution, et son président, le "socialiste" DSK a vu en Grèce une belle opportunité pour y étaler ses méthodes. La technique est bien rodée: on arrive quand le pays est au plus bas, et on offre de gigantesques sommes d'argent. Bien entendu, le pays ne peut pas les refuser. En échange, il se met sous tutelle, c'est-à-dire que son budget est contrôlé par le FMI lui-même qui décide des moyens de se rembourser, et du taux d'intérêt. Ici encore, le FMI s'est aligné sur l'UE avec un taux d'intérêt à 8%, et pour rembourser, la baisse généralisée des salaires.


Car en baissant le salaire des fonctionnaires, l'Etat grec contrôlé par le FMI envoyait un message très clair au secteur privé: nous baissons, vous pouvez baisser aussi. Il faut savoir qu'en Grèce, les salaires de la fonction publique sont si bas (Le Monde donnait il y a peu l'exemple de fonctionnaires qualifiés gagnant 950€/mois) qu'ils rendent indispensables certains avantages que le FMI supprime aujourd'hui: le quatorzième mois dont on parle tant en est un. Mais d'autres mesures sévissent; augmentation de l'âge de la retraite, hausse de la TVA, hausse des taxes sur l'alcool, le tabac, les carburants, baisse des pensions et indemnités aux chômeurs... Tout ça pourquoi, déjà? Ah oui, pour rembourser les taux d'intérêt exorbitants demandés par le FMI et l'UE.

 

acropoleeiffel

 

C'est là qu'arrive le qua trième ac teur de ce théâtre de l'absurde: le mouvement social. Une grève générale est convoquée par les syndicats du public et du privé. Dans le secteur privé, ils sont 60% à la suivre, 80% dans la fonction publique. Comment ne pas les comprendre? L'an dernier, les banques dans la tourmente ont bénéficié d'une aide mirifique des états, et sans contrepartie (la preuve étant qu'elles spéculent aujourd'hui de la même façon qu'hier sans se rendre compte que les mêmes recettes donnent souvent les mêmes résultats). En revanche, lorsqu'un peuple est mis dans une spirale de dettes par ces mêmes banques, l'aide est alors conditionnée à une réduction drastique des conditions de vie?

Je ne prétends pas avoir de solution miracle. La dette initiale de la Grèce est un vrai problème, mais je sais bien que tenir le peuple pour responsable, c'est absurde et mesquin. Que n'avons-nous pas entendu sur le sujet? Les Grecs auraient abusé des privilèges, ils auraient profité de l'Europe pour vivre au-dessus de leur moyen. Un tel déferlement de propos haineux, lus dans un journal qui se permet de citer Beaumarchais en une, me ferait presque croire que les Grecs sont des cheminots. Vous savez, ces gens qui gagnent 15 000€ par mois, plus une quinzaine de primes désuètes, partent à la retraite à 40 ans et font grève 7 mois par an... Non, les Grecs n'ont abusé de rien. Il ne s'agit pas d'un pays riche, ni vivant au-dessus de ses moyens. Il s'agit d'un peuple qui tient à garder sa dignité et à vivre sans rien devoir à ceux qui les pillent.


"En groupe, en ligue, en procession, et tout seul à l'occasion (...) je suis de ceux qui manifestent.'" disait notre regretté Jean Ferrat. Alors que le plan de rigueur grec fait tache d'huile, que le Portugal, l'Espagne et l'Irlande sont maintenant touchés, alors que la France elle-même n'échappe pas à la voracité qu'elle a contribué à engendrer et que M.Fillon a annoncé le sourire aux lèvres un gel des dépenses publiques sur 3 ans quand son patron cherchait à inscrire le rejet du déficit public dans la constitution, la riposte populaire doit se faire entendre.


Une pétition a été lancée sur internet par le journal
L'Humanité, je ne saurais que vous inviter à la signer. De même, et bien que ce ne soit pas mon habitude, je vous invite à participer à la journée d'action du 27 mai qui aura lieu dans toute la France pour préserver notre système de retraites équitables, issu du Conseil National de la Résistance, et parfaitement finançable par un rééquilibrage des taxations.

 

*L'Humanité du 30/04/10

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