J'ai publié, il y a un petit peu plus de 4 mois, un billet qui parlait de Salah Hamouri, un jeune français emprisonné en Israël. Par une volonté probablement maladroite de rendre hommage à deux compatriotes qui ont le malheur d'être privés de liberté pour des raisons politiques qui les dépassent, j'ai abordé dans un même article la rétention de Salah Hamouri, et celle de Guilad Shalit. Il n'a jamais été question, dans mon esprit, de comparer les deux cas, et je pense que le faire est assez malvenu. J'espère que ce n'est pas une confusion que j'ai pu semer, car mon idée était toute autre.

Plusieurs mois plus tard, il se trouve que les médias commencent enfin à parler de Salah Hamouri, après quatre ans et demi d'un saisissant silence global. En effet, samedi dernier, le comédien François Cluzet et le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, M. J.-F. Coppé, étaient les invités de Laurent Delahousse sur France 2. A la fin de l'émission, profitant du débat sur l'identité nationale, M. Cluzet a demandé où était la solidarité nationale quand rien n'était dit ni fait au niveau des dirigeants politiques et médiatiques au sujet de Salah Hamouri, compatriote incarcéré à l'étranger.

La question est d'autant plus légitime que les cas sont nombreux, et c'est une très bonne chose, où les présidents français sont intervenus auprès des diplomates étrangers pour libérer leurs compatriotes ou les faire extrader quand un tel accord était possible.

Légalement, l'extradition est impossible dans la mesure où Salah Hamouri a été condamné pour "projet terroriste". Il est en effet accusé d'être passé en voiture devant le domicile d'un grand rabbin d'extrême droite. Il affirme pour sa part que s'il roulait en voiture dans sa ville, il ignorait simplement que ce rabbin vivait là. Quand bien même l'aurait-il su, je vois mal comment on peut, de façon tout à fait juste (car c'est bien de justice que l'on est censé parler) condamner à 7 ans de prison un jeune homme pour être passé en voiture à un endroit qui pourrait laisser supposer que, peut-être, il pourrait avoir des velléités terroristes. Il faut ajouter que M. Hamouri n'est membre d'aucun mouvement ou parti politique. Il a des idées politiques, et dit lui-même qu'il est opposé au colonialisme, mais n'a jamais manifesté de volonté terroriste.


Revenons à M. Cluzet. Le lendemain de son intervention - c'était la première fois que le nom de Salah Hamouri était prononcé à la télévision - les réactions ne se sont pas fait attendre. L'une d'entre elles, en particulier, a retenu mon attention. Il s'agit de celle du BNVCA, Bureau National de Vigilence Contre l'Antisémitisme. Créé en 2002, ce bureau remplit une tâche que j'estime tout à fait noble et que j'admire. L'histoire nous apprend trop que l'antisémitisme trouve toujours à renaître de ses cendres, que ses conséquences sont toujours désastreuses et la politique actuelle nous prouve qu'il n'est pas mort, entretenu qu'il est notamment par un certain humoriste proche du Front National et dont je ne citerai pas le nom pour ne pas lui faire davantage de publicité.

Le BNVCA a donc réagi à l'intervention de M.Cluzet. Quel est le rapport, vous demandez-vous? C'est également la question que Le comédien François Cluzet                 je me suis posée. Son communiqué, loin de me rassurer,                                                      m'a plutôt donné froid dans le dos. En effet, on  peut y lire les                                                      phrases suivantes :

"Nous rappelons à Mr CLUZET qui parait si sensible aux droits de l’homme, qu’un jeune homme franco israelien Guilad SHALIT est lui innocent et l’otage depuis 3 ans des terroristes palestiniens du Hamas à GAZA . Contrairement à HAMOURI , il ne bénéficie d’aucun droit de visite ou autre droit , en infraction avec les conventions internationales.
Cela ne semble en rien dérager la conscience de Mr CLUZET défenseur des droits de l’homme sauf peut-être  de  l’homme juif ou israelien."

Ainsi, le parallèle automatique est fait, alors que les deux cas sont fort différents. Pour le BNVCA, défendre M. Hamouri c'est accuser M. Shalit? Je ne connais pas personnellement François Cluzet, mais j'imagine sans mal que la défense de M. Shalit lui tient également à coeur, de même que celle de Florence Cassez - dont il n'a pas non plus parlé bien qu'elle ne soit pas juive, ni israélienne - et de tous les prisonniers injustement traités.

Alors sans être François Cluzet, mais pour défendre la même cause que lui, je me sens également attaqué par le BNVCA. En quoi défendre un innocent serait être antisémite? F. Cluzet a cité le cas de Salah Hamouri pour dénoncer le silence qui entoure sa détention. Quoique le sort de Guilad Shalit soit abominable, on ne peut pas dire qu'en France, un silence entoure sa détention, et c'est tant mieux! De la même façon, Florence Cassez est régulièrement citée dans les médias, et je m'en félicite. Pourquoi alors un tel silence pour le cas de Salah Hamouri? Voilà la question que le BNVCA aurait dû entendre.

Au lieu de cela, il a immédiatement crié à l'antisémitisme. Pour moi c'est un scandale dont la gravité pourrait être de longue durée. Car non seulement un innocent a été traîné dans la boue (François Cluzet) par une accusation effectivement grave, mais en plus, la légitimité du BNVCA a été atteinte  à mes yeux et à ceux de beaucoup, je suppose. En effet, je l'ai déjà dit, c'est pour moi une chance qu'a le peuple de France de bénéficier d'institutions telles que le BNVCA. Mais si celle-ci se met à faire régner la terreur en menaçant chacun de la terrible accusation d'antisémitisme, sur qui pourrons-nous sincèrement compter pour nous défendre de l'antisémitisme, du vrai? La société doit se défendre contre l'intolérance, et c'est le rôle, entre autres, du BNVCA de le faire. Mais lorsqu'un système institutionnel chargé de protéger la population se retourne contre elle, se met à l'accuser à tort et place une épée de Damoclès au-dessus de chaque tête, comment peut-on nommer cela? Je ne vois qu'un mot, le totalitarisme.

Ma confiance dans le BNVCA est à présent ébranlée, et je crains que les antisémites, qui malheureusement existent, en profitent pour tenter de discréditer davantage cette institution qui les a - comme c'était bien son rôle - attaqués.


Le totalitarisme peut se cacher partout, y compris sous les plus beaux idéaux. S'il est une leçon que l'on doit retenir de l'histoire du siècle dernier, c'est probablement celle-là. La lutte contre l'intolérance est une noble cause qu'il faut à tout prix défendre. Mais comme dans toutes les causes, il est essentiel de ne pas la laisser se transformer, même une seule fois, en une dérive totalitaire.
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