Certains des plus patients d'entre vous ont peut-être eu le privilège de pouvoir accéder au site internet du mouvement animé par Ségolène Royal, www.desirdavenir.com . Il faut être patient car l'affichage est ralenti par un nombre phénoménal de visites depuis 3 jours. Mme Royal aurait-elle réussi à faire un consensus autour d'elle pour que son site internet soit ainsi pris d'assaut? Non. Absolument pas.

En réalité, le buzz ne cesse d'enfler depuis la rénovation complète du site car il s'agit ni plus ni moins d'un site amateur créé en 10 minutes tout au plus par quelqu'un qui, de toute évidence, ne connaissait pas grand-chose au webdesign. Je le dis avec d'autant plus de facilité que je n'y connais moi-même presque rien. Voici donc la page d'accueil du site tel qu'il a été ouvert suite à sa rénovation:


La photo, en fond de page, aurait été choisie par l'ancienne candidate à la présidentielle elle-même parmi... les échantillons d'image de Windows Vista. Il ne fallut pas plus d'une heure ou deux pour que le buzz se fasse jour. La réaction du webmaster aussi, puisqu'il change alors le fond de page de la discorde. Ainsi peut-on désormais avoir une page dessinée vraisemblablement sur Paint, et dont le bon goût ne semble pas être compris par tous, à en juger l'ampleur qu'a alors pris le buzz. Voici donc la nouvelle page d'accueil du site:



Effectivement, ce site est laid. Mais d'où vient et quel est l'objectif du buzz qui en a résulté. Trois pistes sont possiblement crédibles.

La première, l'hypothèse que je nommerais "naturelle",  voudrait que ce soit simplement des internautes intrigués par un si mauvais site internet pour une personnalité politique de premier plan qui en aient parlé. La rumeur aurait tout naturellement enflé quand L'Express a révélé que André Hadjez, compagnon de Mme Royal et concepteur du site, a réclamé la somme de 41 860 € pour le travail en question.

La deuxième hypothèse est celle que j'appellerais "polémique". En effet, parmi les nombreux sites créés pour l'occasion afin de se moquer de celui de Désir d'Avenir, peu sont signés. En voici quelques-uns: desirdavenir-generator qui vous propose de créer un site Désir d'Avenir en un seul clic, desirdefail, desirdendives, ou encore Mémé-désirdavenir. L'énumération de tous les sites parodiques serait fastidieuse et relativement peu intéressante. Mais pour le dernier cité, il propose un lien vers le blog de son auteur, membre des... Jeunesses Sarkozystes. Ainsi, l'opération de dénigrement acharné de ce site internet ne serait pas totalement naïve. Au contraire, une poignée d'admirateur du président de la République aurait, à elle seule, pu être à l'origine de la cabale.

Mais une troisième hypothèse peut aussi être envisagée, "la cynique". On connaît l'adage, mieux vaut un mauvais article que pas d'article du tout. Il est donc tout à fait possible que l'équipe de Ségolène Royal ait souhaité faire de la rénovation du site une campagne de communication pour faire parler d'elle. Le plus beau site du monde n'aurait jamais autant fait parler de lui que le plus laid, c'est évident. Ainsi, en créant le site internet sur Paint et avec une qualité technique digne d'un élève de 5ème, Désir d'Avenir était sûr de recevoir un nombre conséquent de visiteurs pour son nouveau site. Un buzz programmé et bien orchestré, si ce n'était cet article de l'Express sur le coût prétendu du site.

Enfin, il est possible également que la vérité se situe quelque part au croisement de ces trois chemins. Ainsi, le site aurait été volontairement bâclé par l'équipe de communication de Mme Royal, les Jeunesses Sarkozystes se seraient emparées du phénomène pour s'assurer que l'ancienne ministre socialiste en devienne aussi ridicule que possible, et le reste serait allé tout seul par la force d'inertie des internautes.

Quoi qu'il en soit, on peut avoir un reproche principal à adresser à cette histoire, mais qui ne serait qu'anecdotique dans un contexte différent: la politique est absolument absente du débat. Quand je parle de politique, je parle de ce qu'il peut y avoir de plus noble au sens de ce mot: servir la cité, se rendre utile au peuple. Ici, personne ne sert la cité. Malheureusement, c'est loin, très loin d'être anecdotique. Depuis que le Parti Socialiste a décidé de se livrer à des combats de chiens entre prétendants à un trône présidentiel qui leur échappera toujours, il n'y a plus de débat politique. La droite l'esquive pour ne pas pointer les absurdités et les horreurs de sa politique, et le PS se concentre sur des questions qui n'intéressent personne comme les primaires ou la légitimité des votes internes.

Satisfait de sa position dominante à gauche, le PS, qui porte en son sein des gens de compétence, ne s'aperçoit pas qu'il risque de lui arriver une chute aussi spectaculaire que celle du PCF dans les années 1990, et qu'elle serait peut-être irréversible. Qui y gagnerait alors? Sans aucun doute la droite, qui, elle, n'a pas de problème à rester unie derrière un leader charismatique et mégalomane, et peut-être les Verts, qui restent la branche la plus à droite de la gauche française, sur le plan économique.

Alors pour répondre au titre de cet article: non, ce buzz n'est pas politique. De politique, on n'en voit plus guère chez les socialistes ces derniers temps. Espérons que la gauche parviendra à s'en relever.
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