Ingrid Bétancourt, candidate fort malheureuse à une élection présidentielle colombienne; Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris; le président Nicolas Sarkozy; Dany Boon, cinéaste et humoriste; Patrick Bruel, chanteur; et même Sa Sainteté le Pape Benoît XVI se Guilad Shalitsont mobilisés (ainsi que beaucoup d'autres), chacun à leur façon, pour la libération d'un jeune homme franco-israélien, pris en otage à la frontière entre Israël et la bande de Gaza.

Guilad Shalit, 21 ans, est né et a toujours vécu en Israël. Après de brillantes études, il a dû accomplir, comme tous les citoyens israéliens (à l'exception des arabes israéliens et des juifs orthodoxes) son service militaire. C'est le 25 juin 2006 qu'un commando du Hamas (parti religieux détenant de façon autoritaire le pouvoir dans la bande de Gaza) et du Jihad Islamique (mouvement islamiste) l'ont arrêté et emmené de force. Il en est toujours aujourd'hui l'otage, et on ignore son lieu et ses conditions de détention.

S'il bénéficie d'une forte couverture médiatique et du soutien de personnalités parmi les plus importantes de la planète, en particulier dans ses deux pays (la France et Israël), Guilad Shalit n'a eu que deux occasions de donner signe de vie: la première par un message audio visiblement enregistré sous la contrainte, un an jour pour jour après son enlèvement, et la seconde par un courrier envoyé deux ans après son arrestation, en juin 2008. Depuis, aucune nouvelle.

De l'autre côté de la frontière, un autre français vit aussi l'enfer.

13 mars 2005. Un jeune homme de presque 20 ans, Salah Hamouri, est arrêté dans la rue, par des militaires israéliens. Il est français par sa mère, et palestinien par son père. Autour de lui, c'est la stupéfaction. Loin d'être un agitateur, Salah est apprécié de son entourage: bon vivant, pacifique, cultivé, il est très loin des mouvances terroristes quelles qu'elles soient. Pourtant, il ne se désintéresse pas de la politique. Plutôt engagé à gauche, il avait été arrêté une première fois à l'âge de 16 ans pour avoir distribué des tracts contre la colonisation de la Palestine.  A 19 ans, il a été arrêté une deuxième fois et placé en détention administrative pendant quatre mois à l'issue desquels le gouvernement israélien a reconnu qu'il n'avait rien à se reprocher. En effet, il avait été arrêté pour avoir été présent à une soirée sur
la liste d'invités de laquelle figurait un homme recherché par Israël. C'est 11 mois après avoir été libéré dans ces conditions qu'il est arrêté pour la troisième fois.

Cette fois-ci, les choses sont autrement plus sérieuses. Il ne s'agit pas de rester deux mois en isolement ou quatre mois en détention administrative. On l'accuse d'être membre d'un mouvement de jeunesse proche du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) et de projeter un attentat contre le rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel du parti religieux d’extrême droite israélien SHAS. D'où vient cette accusation? Les services de sécurité israéliens l'ont formellement reconnu, trois mois plus tôt, alors qu'il passait dans la rue à proximité du domicile de ce rabbin.

Devant la faiblesse des éléments d'accusation, les enquêteurs fouillent au peigne fin le domicile de la famille Hamouri, sitôt après son arrestation, en vain. Ils arrêtent son père, alors malade, pour le pousser à signer des aveux, qu'il se refuse pourtant à signer. Dans toutes leurs enquêtes, les services policiers et judiciaires israéliens ne trouvent aucun élément à sonSalah Hamouri encontre: il n'est pas lié au FPLP, et n'a visiblement jamais envisagé de commettre un quelconque attentat.

C'est dans la colonie d'Ofer qu'un tribunal militaire se réunit le 17 avril 2008, hors de toute juridiction civile pour donner à Salah Hamouri (qui est en prison depuis déjà trois ans) la peine de 7 ans de prison pour complot contre l'Etat.

La situation est fort différente de celle de Guilad Shalit, et je ne tiens pas particulièrement à les comparer. Dans les deux cas, de jeunes français sont arrachés à leur famille dans le cadre d'un conflit qui les dépasse. Mais la similitude s'arrête là. Guilad Shalit a été arrêté les armes à la main (il était soldat), mais personne ne sait dans quelles conditions et à quel endroit il est retenu, ni à quel moment il sera libéré. Salah Hamouri est un civil qui ne s'est jamais battu, mais qui a l'opportunité de poursuivre ses études en prison, et qui bénéficie d'un certain nombre de droits en tant que prisonnier d'Israël. Néanmoins, le silence médiatique et politique est frappant autour de ce deuxième cas. J'imagine facilement que l'absence de réaction de Nicolas Sarkozy au sujet de Salah Hamouri est lié à des enjeux diplomatiques, mais une république digne de ce nom ne devrait-elle pas protéger tous ses enfants de la même façon, quel que soit le côté de la barrière duquel ils sont arrêtés?

L'article 9 de la déclaration universelle des droits de l'Homme est clair: "Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu, ou exilé."  Ces deux exemples montrent s'il le faut tout le chemin qu'il nous reste à parcourir pour que les droits de l'Homme ne soient pas un vague principe édicté sur une feuille de papier il y a longtemps par on ne sait trop qui.

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Vous pouvez écrire à Salah Hamouri à l'adresse suivante:
Salah Hamouri
Doar nah Guilboa
10900-Beit shean
Israël

(Il est parfaitement francophone)

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