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« Faut-il arrêter de jouer des tragédies pour ne regarder que des comédies ? On n'a qu'à mettre Eschyle, Sophocle et Racine à la poubelle et ne jouer que «Bienvenue chez les Ch'tis» ! On ne peut pas faire des comédies sur tout ! Et l'histoire avance à coups de tragédies. » Serge Klarsfeld, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, membre du conseil de la Fondation Auschwitz-Birkenau, dans un article intitulé « On ne peut pas laisser Auschwitz disparaître ».

 

Les camps d’Auschwitz et de Birkenau racontent une histoire que nul livre, aussi savant, aussi proche des réalités, aussi émouvant soit-il ne peut restituer. Une histoire qui s’articule autour de trois chapitres : l’immensité, le vide et le silence.

 

L’immensité frappe la première et plonge le visiteur dans la surprise, alors même que l’on pensait avoir tout lu, avoir tout vu, avoir tout compris de Birkenau. Mais ce terrain vague, ponctué de baraques en bois militairement disposées ou de cheminées en briques se dressant, seules, vers le ciel, lorsque les baraques ont disparu, s’étale sans que ses frontières puissent être clairement discernées, donnant alors tout son sens à la notion de « crime industriel » tant de fois entendue, sans que l’esprit ne l’ait, toutefois, jamais véritablement réalisée.

Le vide déroute, dans les allées interminables, à l’intérieur des baraques où l’on découvre un dessin, une gravure, un message, un empilement de cases froides et obscures où se sont entassées des personnes affamées et affaiblies que rien ne distinguait, à l’origine, de ce que nous sommes. Un vide macabre que l’on traverse en s’accrochant, lâchement, à la rassurante pensée du provisoire, du temporaire de notre présence en ces lieux, et du soleil qui brille toujours au dehors.

Et puis ce silence, plus expressif que tous les récits, qui enveloppe la mosaïque de petits bois, entrecoupés d’étangs aux berges mousseuses, aux flots desquels ont été dispersées les cendres des victimes, nous accompagne en serpentant entre les arbres, témoins des files interminables de femmes, d’enfants ou de vieillards tout juste arrivés, attendant patiemment que vienne leur tour.

 

Auschwitz est un encore l’un de ces rares sites authentiquement préservés dont la vue et la visite font grandir. Un lieu dans lequel la compréhension, l’apprentissage mais également l’âge s’accélèrent, une invitation à la réflexion silencieuse, non seulement sur l’histoire et la mémoire, mais également sur soi, son comportement à l’égard d’autrui, ses actes, leurs conséquences. Un lieu dont ne peuvent être privées, par conséquent, les générations futures.

Car Auschwitz ne doit jamais sembler trop distant ni trop abstrait ou irréel, et encore moins devenir un « détail » : il est le manifeste visuel et matériel le plus significatif d’une dérive qui, tapie dans l’ombre des idéologies de l’intolérance, n’est jamais bien lointaine. Il est ainsi « lieu de pèlerinage », à la fois sacré et haïssable, rassemblant en une place commune Juifs, Catholiques et Musulmans, appelant à briser la spirale de l’intransigeance, mais également à reconsidérer les principes et les dogmes sur les bases desquels nous bâtissons, chaque jour, un espace que nous souhaitons conforme à des idéaux dont nous sommes persuadés de la justesse, de la légitimité.

 

Quelle que soit la décision finale, il semble indispensable qu’elle résulte d’une réflexion collective, d’une discussion commune. Car le camp d’Auschwitz-Birkenau appartient à chacun, témoin inégalé d’une monstruosité humaine révélée, à plus ou moins grande échelle, lorsque s’exacerbent la haine et le fanatisme.
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