Le 8 mai 2008, Lamba Soukouna était au téléphone avec une amie, devant la porte de son immeuble. Lamba est un jeune homme sans histoire, souffrant depuis sa naissance de drépanocytose, une maladie héréditaire affectant sa mobilité à 80%, et provoquant des douleurs chroniques. Sans raison apparente, un groupe de policier a surgi, l'a plaqué contre un mur, insulté, et roué de coups de matraque, avant de le jeter au sol et continuer la travail au pied. Son premier réflexe a été de crier "Attention, je suis malade!" La question du motif de cette agression n'est venue qu'après, mais elle n'a toujours pas reçu de réponse.

Albertine Sow, enceinte de 6 mois, a assisté à l'interpellation violente de son cousin devant chez elle. En tentant d'intervenir pour calmer le jeu, elle a reçu des coups de poing et de matraque, qui auraient pu mettre en danger sa grossesse. Elle raconte elle-même qu'avec la violence des coups, elle s'étonne de ne pas avoir perdu l'enfant.

En décembre 2004, les policiers gardent-à-vue un jeune homme en situation irrégulière nommé Abou Bakari Tandia. Au cours de la garde-à-vue, il entre dans le coma des suites duquel il meurt quelques jours plus tard. Pour la police, l'affaire est classée: il s'est volontairement donné la mort en se cognant la tête contre le mur de sa cellule. Pour les médecins légistes, l'affaire ne tient pas la route, étant données les traces de coups visibles sur tout le corps.

Dans ces trois cas, une plainte a été déposée contre la police. Dans les trois cas, l'affaire a été classée sans suite. Lamba, malgré son incapacité physique a été reconnu coupable d'avoir agressé seul le groupe de policiers. Idem pour Albertine, dont le casier judiciaire porte maintenant la mention "coupable d'agression contre trois policiers".

Aussi révoltants soient-ils, ces cas ne sont malheureusement pas isolés. Pour Amnesty International, la France a d'énormes progrès à faire, car la police y est clairement au-dessus des lois, ce qui n'est pas une situation démocratique.

Quand on connaît la réponse de la ministre de l'Intérieur au matraquage d'un groupe de collégiens le mois dernier (cf article à ce sujet) on a du mal à croire que cette situation va changer. Les policiers et les gendarmes, en France, ont le sentiment justifié d'une parfaite impunité. Le processus même des plaintes contre la police est inique: le plaignant doit adresser sa plainte à des policiers, parfois de la même unité que l'accusé. Personnellement, j'ai été amené bien malgré moi à porter plainte contre la police, l'an dernier, pour une petite violence injustifiée dont j'avais été victime. L'officier de police à qui j'ai adressé ma plainte m'a tout bonnement indiqué qu'il ne l'acceptait pas, car il ne voulait pas s'impliquer dans une affaire concernant un collègue. Des recours sont toujours possibles, mais encore une fois, tout est fait pour dissuader les gens de pousuivre (la procédure est longue, fatiguante et payante). Quand malgré tout les victimes ne renoncent pas, les affaires sont systématiquement classées sans suite, puisque les personnes chargées de l'enquête ne sont autres que des policiers qui, eux aussi, sont fidèles à leur esprit corporatiste.

L'injustice a aussi un fondement légal. En France existe une notion juridique inconnue de l'immense majorité des démocraties occidentales. Il s'agit de la notion d'outrage. Si insulter une personne lambda est un délit mineur pouvant coûter jusqu'à 45€ d'amende, insulter un policier peut coûter jusqu'à 7500€ et 6 mois de prison. Le motif de cette disproportion? La justice française considère qu'insulter une personne dépositaire de l'autorité publique (un policier, un gendarme, un préfet ou le chef d'Etat) est bien plus grave que d'insulter quelqu'un d'autre. En France, il y a donc deux catégories de citoyens: ceux qui peuvent être insultés, et les intouchabl
es.

Le 23 février 2008, au Salon de l'Agriculture, Nicolas Sarkozy déclarait à une personne n'ayant pas voulu lui serrer la main "casse-toi, pauvre con." 11 mois plus tard, le 29 janvier 2009, un manifestant est photographié avec une pancarte reprenant le même message, mais cette fois-ci adressé au locataire de l'Elysée. Il est arrêté, convoqué au tribunal, et reçoit une amende. La France, pays dit "des droits de l'homme" s'illustre donc par une justice qui fait deux poids deux mesures.

Je pourrais vous citer des centaines de cas tous aussi révoltants les uns que les autres, mais je doute de l'intérêt de la chose. Laissez-moi pourtant en exposer un dernier.

Le 14 octobre 2005, M'Hamed Bellouti est percuté en voiture par un scooter. Le responsable prend la fuite en faisant un geste obsène, mais est retrouvé grace à sa plaque d'immatriculation. Sur demande de l'assurance de la voiture, une plainte est déposée contre M. Jean Sarkozy, conducteur du scooter. L'affaire traîne en longueur, et l'accusé passe du statut de fils de ministre à celui de fils de président. En quelques semaines, le dossier est classé, mais M. Bellouti est condamné à payer 2000€ à M. Sarkozy pour procédure abusive.

Pour tous les cas cités ci-dessus, et pour tous les autres, non cités, j'en appelle à une forte mobilisation populaire pour réclamer plus de justice dans le pays. A l'heure actuelle, les arrestations se font par centaines à Strasbourg, et il ne fait aucun doute que nombre des interpellés vont être inculpés, même sans preuve, sur le témoignage d'un agent assermenté. Il est urgent de réagir pour que cette situation ne dure pas!

Dans ce sens, la Ligue des Droits de l'Homme est à l'origine d'une pétition que je ne peux que vous encourager à lire et, si vous approuvez, signer.

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