J'ai croisé la crise, hyper sympa! Il a 31 ans, et sous son faux-air de jeune branché désinteressé, c'est un vrai requin. C'est peut-être même l'un des pires. Pour lui, il n'y a jamais de crise, et il n'y en aura jamais (sinon une crise cardiaque, peut-être un jour). Il s'appelle Patrizio Miceli, il est diplômé d'une école de commerce, et sans le connaître, je crois pouvoir dire qu'il est de ceux qui n'ont - vraiment - pas de coeur.

Jugement hatif? Peut-être. Passionné? Sans doute.
Tentons d'expliquer.

La crise économique, pour vous et moi, c'est un moment difficile, où la plupart des emplois sont incertains, où des milliers d
e personnes dans le monde voient leurs conditions sociales être de plus en plus mauvaises, où les usines ferment, les banques font faillite, les impôts augmentent, les salaires baissent. Bref, ce n'est pas vraiment quelque chose de drôle.

Pour Patrizio Miceli, la crise, ce n'est rien d'autre qu'une opportunité de faire du profit. Il est de ceux qui jamais n'apprendront des erreurs du passé. En lançant sa gamme de produits de luxe (vêtements et stickers, mais il songe à lancer de la haute-joaillerie et des accessoires de mode) sur le thème "j'aime la crise", il n'a eu qu'une seule idée en tête: faire du profit en jouant (avec un rare cynisme) sur le fait que le reste du monde perdait de l'argent.

Certains diront "c'est une bonne idée" d'autre trouveront qu'il vaut mieux en rire. Personnellement, ça me révolte.
Qu'on fasse de l'humour à propos de la crise ne me dérange pas le moins du monde. Au contraire, je trouve cela plutôt sain. En revanche, que l'on gagne de l'argent en se moquant assez ouvertement de ceux qui en perdent, je trouve ça plutôt très très malsain. C'est qu'en plus, le T-shirt ne vaut pas moins de 50€... En temps de crise, faire payer 50€ un T-shirt 100% coton, si ce n'est pas du cynisme, je me demande comment appeler ça.

Ce jeune homme au sourire charmant (d'après
Les Echos qui s'y connaissent assez bien en sourires carnassiers) est donc pour moi l'illustration du capitalisme idiot. Idiot, oui, dans la mesure où il démontre que rien ne peut le faire changer d'attitude. L'image qui me vient est celle d'une personne prête à vendre sa propre vie aux enchères pour le seul plaisir de gagner de l'argent. Le jour où le monde s'écroulera, il sera de ceux qui continueront le commerce. La crise se vend bien, chez Colette, rue St-Honoré à Paris.

La question que je me pose alors est la suivante: à l'heure où le G20 se réunit soi-disant pour "sauver le capitalisme" (en passant, on peut se demander si cette traque au paradis fiscal est bien la priorité du moment ou si ce n'est pas simplement la mise en avant d'un bouc émissaire pour trouver un responsable à la crise dans de petits pays faciles à attaquer et peu défendables) à l'heure, disais-je, où le G20 se réunit pour sauver le capitalisme, la vraie question que les dirigeants ne veulent surtout pas se poser, mais à laquelle les populations commencent à répondre, c'est: le capitalisme mérite-t-il vraiment d'être sauvé?

Il nous a apporté une relative stabilité économique, il faut le reconnaître, mais alors vraiment relative, puisqu'elle chancelle tous les 50 ans (minimum). Il nous a apporté la liberté d'entreprendre, mais encore une fois, une liberté toute relative, puisque réservée très généralement à ceux qui viennent déjà de familles d'entrepreneurs, et en tout cas à ceux qui vivent dans les pays assez riches pour permettre ça. Il nous a apporté la grande joie de la propriété, mais à quel prix?

Je ne prétends vraiment pas détenir la solution, et encore moins diffuser une quelconque bonne parole. Je dis simplement que selon moi, le capitalisme mériterait un vrai débat: celui de sa survie ou non, en cette période où on nous demande de nous sacrifier pour lui.
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