Le principe de ce blog est qu'il est ouvert. Tout le monde peut m'y envoyer des articles qu'il souhaite que je publie. Pour cela deux solutions, soit en passant par le blog, soit en m'écrivant directement à [lueur.d.espoir@live.fr] L'article suivant m'a été envoyé par K. de Bretagne.
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Le Rectorat de l’Académie de Poitiers vient de mettre en place un système de remplacement des professeurs des écoles absents par des vacataires.

Or, il se trouve qu’il existe, dans cette académie, des « Liste Complémentaire » (LC), c'est-à-dire des candidats ayant été ajournés de justesse au concours. Les vacataires recrutés sont également des gens ajournés, dont le rang au concours est après les LC.

Ce système d’emploi de vacataires pour pallier les absences existait à grande échelle dans l’Education Nationale jusqu’à la fin des années 1970. Il était alors nécessaire, parce qu’on manquait de candidats aux concours. Le système a été abandonné depuis plus de 30 ans, sauf ponctuellement.

Quelle est la différence essentielle entre un vacataire et un LC ? Ni l’un ni l’autre n’a été reçu au concours de PE. Ni l’un ni l’autre n’a fait de PE2 (= année de formation, suite à l’admission au concours). Les deux souhaitent enseigner.

Alors ?

Un vacataire, on le paie à la vacation : pas de contrainte. On l’embauche pour une, deux, trois semaines, on le paie, et on ne lui doit plus rien. On ne le forme pas. On n’est pas tenu de le réembaucher.

Dix vacataires, c’est dix postes budgétaires en moins et, bien souvent, dix syndiqués en moins.

On n’a plus suffisamment de titulaires-remplaçants : eux sont des professeurs formés, au même titre que leurs collègues en charge d’une classe. Mais eux, ils ont le statut de fonctionnaire, avec toutes les contraintes que cela comporte : ils gardent leur poste à vie, sauf faute grave, ils sont payés pendant les vacances, on ne les trimballe pas d’une académie à l’autre sans leur accord. Ils ont passé du temps à préparer un concours difficile, à se former.

Dans cette histoire de vacataires du Poitou, je suis tentée de voir une volonté de mise au pas du service public. Il est tellement plus simple d’avoir affaire aux gens quand ils n’ont pas la sécurité de l’emploi.

Mais, à mon sens, ça va beaucoup plus loin.

Employer des gens non formés, ça sous-entend qu’il n’y a pas besoin d’être formé pour être enseignant. Ça sous-entend que n’importe qui peut faire ce travail. Donc, pourquoi payer cher ce qu’on peut obtenir à moindre coût ? Si Monsieur X ou Mademoiselle Y a su se former « sur le tas », à quoi servent les IUFM ?

Pourquoi ne donnerait-on pas leur chance à tous ces jeunes gens qui souhaitent enseigner, mais n’ont pas le temps de préparer le concours ? Pourquoi ne les laisserait-on pas essayer le métier, avant qu’ils ne s’engagent à long terme ?

Les réponses coulent de source : on ne fait pas ça à des enfants. En tant que patient, j’apprécierais très moyennement d’avoir affaire à un chirurgien « à l’essai ». En tant que parent, j’apprécierais tout aussi moyennement un professeur « à l’essai ».

Si je vais encore plus loin, et si mon mauvais esprit me fait mettre cette histoire de vacataires en relation avec certaines paroles du Recteur de l’Académie de Rennes, par exemple, concernant les étudiants employés par des entreprises de soutien scolaire qui obtiendraient de meilleurs résultats que des enseignants chevronnés ; ou avec certains propos au sujet de l’aberration qu’il y a à faire passer un concours d’enseignement à quelqu’un qui passera sa vie à changer des couches ; ou avec les propos récurrents sur ces « fainéants de fonctionnaires », sur ces « profs toujours en vacances » ; ou encore avec la suppression de l’histoire du tronc commun des lycées …

Si je me laisse aller à faire cela, je ne pourrai m’empêcher de penser que, décidément, l’Education n’est pas la priorité, dans ce pays. Que, décidément, il est dangereux de donner aux enfants tous les moyens d’apprendre à utiliser librement leur cerveau.

Mais le nom de ce blog est « La lueur d’espoir ». Alors je préfère espérer que les enseignants et les parents ne laisseront pas des vacataires sous-payés et sous-formés éduquer leurs enfants.
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