La France et la laïcité, c'est une histoire d'amour agitée. Pour en tracer l'histoire, on pourrait remonter à Philippe le Bel, mais ce n'est pas mon ambition aujourd'hui. Depuis 1905, les choses semblaient s'être calmées. Bien sûr, quelques problèmes faisaient surface de temps à autres, à propos de l'Alsace-Lorraine, du port du voile à l'école, du soutien au Tibet, des visites présidentielles dans les églises, le travail dominical etc. Mais globalement, la République et la religion avaient chacun réussi à trouver leur place et à s'en contenter.

Oui mais voilà, il y a peu, le pape et le président de la République ont changé de visage. De chaque côté, un ultra-conservateur. Dans ces cas-là, c'est rarement la République qui y gagne, et je crois que nous en avons la preuve aujourd'hui. Ainsi, notre président de la République a déclaré, en devenant chanoine de l'archibasilique du Très-Saint-Sauveur de Latran, que "l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé". On l'a aussi vu à Riyad parler de "Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes." Ces phrases, aucun président de la République ne les a prononcées avant lui, et pour cause: elles constituent une attaque terrible contre la laïcité. Avant M. Sarkozy, on ne pensait pas pouvoir voir le plus haut représentant de la République se signer dans une église (symbole de soumission à la Croix).

Si je pense qu'il faut condamner avec la plus grande des fermetés (c'est-à-dire la fermeté d'un peuple face à un mauvais gouvernement) ces terribles reculs, ce n'est pas par anticléricalisme primaire. Oui, je suis anticlérical, parce que je crois que les choses de la foi doivent demeurer privées, intimes, et n'ont pas leur place dans la vie publique, et surtout pas dans la politique. Mais la question n'est pas - uniquement - là. S'il faut condamner l'attitude de Nicolas Sarkozy en matière de laïcité, c'est parce qu'elle ne fera que diviser le pays vers plus de communautarisme, plus de repli, et moins d'universalité. Nous allons voir les choses changer concrètement dans notre vie de tous les jours, et il sera déjà trop tard.

Le 18 décembre dernier, le ministre le plus diplomate du monde, M.Kouchner, a signé un accord avec le Vatican, représenté par Mgr. Mamberti. Cet accord assure la reconnaissance de la France des grades universitaires des universités catholiques. De nombreuses choses posent problème dans cet accord, mais la principale est la suivante.

En 1879, après des années de bonapartisme, puis d'une République dirigée par des royalistes, les républicains arrivaient enfin au pouvoir. Avec Jules Grévy, la IIIème République pouvait se mettre réellement en place. Plusieurs chantiers étaient engagés, et notamment sur la laïcité. La première initiative gouvernementale sur la laïcité était très symbolique. Elle a été votée en 1880, et concernait le monopole d'état de la collation des grades universitaires. Par cette loi, le Vatican perdait son droit d'attribuer des diplômes universitaires en France.

C'est là une des différences entre les facultés (comme l'Institut Catholique de Paris par exemple) et les universités (toutes publiques). En reconnaissant les grades universitaires du Vatican, M. Kouchner autorise un état étranger (le Vatican) à décerner des grades officiels "français". Ce point, déjà absurde, devient grave quand on sait que cet état n'est autre que celui d'une Eglise. La remise en cause de la toute première mesure républicaine de laïcité n'est pas seulement grave dans ses conséquences directes, elle est aussi hautement symbolique. Un ministre qui se disait socialiste il y a quelques mois, reconnaît maintenant aux curés le droit de donner des grades universitaires en France? Il s'agit, selon moi, d'un test de la part du gouvernement, pour savoir jusqu'où il peut aller. Il ne faut surtout pas laisser passer ça. Signez la pétition!

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