Le sauveur suprême, c'est ce dont le monde entier rêve secrètement depuis toujours. Tous les 5 ou 10 ans environ,  l'humanité se trouve un nouveau sauveur ou, à défaut, elle s'en trouve plusieurs. En 2007, nous l'avons vu, Nicolas Sarkozy a voulu endosser ce rôle, mais ça n'a pas très bien marché. Il a certes bénéficié d'un état de grâce qui l'a rendu populaire quelques mois, mais peu de gens (à part ceux de droite qui se sont enfin sentis "décomplexés") l'ont pris pour un sauveur suprême. En revanche, l'effet Barack Obama est assez impressionnant, dans son genre.

Le président des Etats-Unis est extrêmement populaire dans le monde entier, et inutile de dire que la chose est rare. Pour expliquer ce phénomène, plusieurs points sont à aborder. Tout d'abord, et je crois que c'est le plus important, il faut prendre en compte la notion d'"état de grâce". Nouvellement élu, Barack Obama n'a pas encore eu l'occasion de décevoir, et les peuples sont beaucoup plus enclins à lui pardonner ce qui ne passerait pas chez un autre. Mais il ne faut pas se leurrer, il n'y a pas que ça, la preuve étant que George Bush n'avait pas bénéficié de la même complaisance.

Alors il y a aussi certainement l'effet "événement historique". Pour la première fois, un noir est élu président des Etats-Unis. Je sais que le candidat Obama lui-même a beaucoup joué sur ce point, mais je ne crois pas qu'il soit plus pertinent que cela. Oui, c'est un beau pas en avant dans l'histoire de ce pays, qui revient de loin à ce niveau-là, mais une fois qu'on a dit ça, est-ce vraiment utile de continuer d'en disserter? Pour être tout à fait honnête, je trouve assez dégradant et insultant de ne parler que de la couleur de peau du président. Je me réjouis que la condition des noirs ait à ce point progressé aux USA, mais je me désole que le racisme soit si évolué qu'on ne parle que de ça. Dire "je vote pour tel candidat parce qu'il est noir" me paraît aussi raciste que de dire le contraire. Or quel média, en France, a pris le temps de retranscrire précisément le programme du candidat Obama? Je l'ai peu vu, et de façon toujours succincte.

Il n'y a pas non plus que la couleur de peau, n'exagérons rien. Barack Obama est un excellent orateur qui a su donner l'impression qu'il portait en lui le changement. Ainsi, sa seule élection paraît une petite révolution. Mais là encore, personne ne s'est demandé quel changement. Et pour cause: chacun plaque sur le président Obama ses propres espoirs de changement. On attend tous de lui qu'il fasse ce que l'on espère individuellement.

Non seulement il ne pourra pas faire tout ce qu'on attend de lui, mais en plus il est peu probable que les choses changent tellement. Je suis personnellement heureux de savoir que le candidat républicain a échoué, mais je ne me fais pas non plus d'illusion sur le président démocrate. Son programme, fait de coupes budgétaires, de soutien à l'école privée, de renforcement de l'arsenal anti-terroriste, de soutien inconditionnel à Israël... son programme, donc, n'est pas vraiment de gauche. Il serait assez naïf de croire que les Etats-Unis s'apprêtent à véritablement changer de cap.

Je suis prêt à prendre le pari que d'ici un an ou deux, 90% de ses supporters dans le monde seront déçus de M.Obama. Comme tous les sauveurs suprêmes avant lui (et depuis l'antiquité, il y en a eu beaucoup), il décevra, pour la simple raison que chacun place en lui ses propres espoirs, et que les espoirs individuels sont souvent contradictoires. On en attend trop d'un homme. Comme souvent, je me tourne dans ces cas-là vers mes cours d'histoire, et c'est là que je m'aperçois que jamais, jamais dans l'Histoire, le peuple a été sauvé par un seul homme. Le véritable changement ne viendra jamais d'un palais présidentiel.
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