"Du blé pour les poulets!" Le slogan, comme le cortège, n'ont pas manqué de surprendre les badauds, et l'ensemble des autres manifestants, ce 29 janvier. On n'y pense pas, mais la police aussi a des raisons de se plaindre. Être policier en Sarkozie, qu'est-ce que c'est?


C'est d'abord faire face à plus d'animosité. On le sait, Nicolas Sarkozy a probablement été le pire ministre de l'intérieur depuis des années. Jamais aucun autre ministre n'avait eu à assumer un aussi mauvais bilan: émeutes, manifestations sauvages, agressions, vandalisme: tout ce qui était calme avant Sarkozy s'est énervé. Et depuis qu'il est président, rien ne s'est calmé, au contraire. Bref, tout le monde s'accorde là-dessus, le climat social est plus que tendu. Et comme d'habitude, la police reçoit en pleine face les oeufs que le peuple lance à son gouvernement.

Ensuite, être policier en Sarkozie, c'est faire des heures sup'. Là dessus, les gendarmes n'ont pas à se plaindre, puisque l'idée même d'heure supplémentaire n'existe pas dans l'armée. Par contre, les CRS, les policiers en tenue, les officiers, eux, ils en bavent! Chaque crise sociale, chaque débordement, chaque manifestation: ils sont toujours là. Et devinez grace à qui il y en a de plus en plus?

Enfin, être policier en Sarkozie, c'est subir les attaques que subissent aussi tous les autres fonctionnaires. Suppression de 12 000 postes, hésitations et hypocrisie sur la police de proximité, baisse du pouvoir d'achat... bref, les inquiétudes diverses que tous les fonctionnaires connaissent ces temps-ci.


Et puis, il y a cette histoire de pressions. Aujourd’hui, les officiers de police redoutent les visites présidentielles dans leur juridiction, de peur de se retrouver éjectés, comme le préfet de la Manche et le directeur départemental de la sécurité publique, après la manifestation qui a accompagné la visite de M.Sarkozy à Saint-Lô, le 12 janvier.

Alors face à une situation jugée critique par les professionnels, les principaux syndicats de la police ont organisé une manifestation devant le siège de la DST, rue Nelaton, pour de meilleures conditions de travail. 300 manifestants selon la police, 300 selon les organisateurs. Les policiers embarrassés qui encadraient le cortège se sont allègrement fait traiter de traîtres, de vendus ou de collabos, et certains d’entre eux se sont probablement juré de rejoindre le prochain cortège, le 28 mars 2009.


Car ne nous y trompons pas ! Être policier, certains considèrent que c’est se mettre au service du peuple français, pas se battre contre lui. Nicolas Sarkozy, avec sa politique sécuritaire, pensait que les effectifs de la police et de l’armée lui étaient acquis. Malheureusement pour lui, ses attaques continues contre la fonction publique les ont poussés à se joindre à la grande manifestation du 29 janvier dernier. Il y a peu, on a même vu une banderole de « CRS au service du peuple ! ». C’est toujours le problème des états policiers : si la police ne suit plus, tout fout l’camp.


On se souvient, il y a quelques années, d’un grand meeting à l’américaine, réunissant des policiers au Zénith, pour un concert privé de Nicolas Sarkozy. Si l’homme est fort en rhétorique, il n’arrive pas forcément à se faire comprendre. La police aujourd’hui a le blues, car elle a le sentiment de payer les erreurs des politiciens, et de ne subir que des pressions en échange. Et demain, à force de renvoyer des responsables de police par simples lettres de cachet, le petit président risque de ne plus trouver personne pour défendre son régime. Ca fait rêver, non?
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