Le principe de ce blog est qu'il est ouvert. Tout le monde peut m'y envoyer des articles qu'il souhaite que je publie. Pour cela deux solutions, soit en passant par le blog, soit en m'écrivant directement à [lueur.d.espoir@live.fr] L'article suivant m'a été envoyé par Hugo, de Tours.


Je suis allé à la manifestation du 29 janvier 2009 ! Oui, je sais, je ne suis pas le seul. Mais pour moi, c’était une première, et quelle première ! Que d’émotions ressenties durant ces heures passées à défiler… Quelque chose de nouveau sur lequel je voudrais m’étendre un peu, donner mon avis non pas d’habitué des mouvements sociaux, mais de néophyte, de celui qui n’avait jamais écumé auparavant le pavé.

Ce jeudi, donc, tout était réglé dans ma tête : Cours le matin, AG l’après midi. J’ai finalement fait l’inverse, après l’annulation de mon cours. Croisant des amis qui se rendaient à la manif, je ne me suis pas esquivé, pour une fois. J’y suis allé, descendant l’avenue Grammont (pour ceux qui connaissant Tours) pour me rendre au point de rendez-vous… La place de la Liberté ! Je dois déjà vous avouer quelque chose… Cette place portait avant un autre nom, c’était la Place Thiers. J’avoue trouver humblement qu’il était de fort mauvais goût de fixer les départs des mouvements sociaux depuis une place portant le nom du responsable de la « Semaine Sanglante », triste épisode de notre histoire nationale. Je referme la parenthèse en remerciant sans doute les autorités municipales de ce changement de nom que je trouve fort opportun.

Me voici donc approchant ladite place. Quel monde ! J’avais beau ne pas beaucoup m’y connaître en matière de défilés, celui-ci s’annonçait énorme. La première impression fut la bonne. La foule était au rendez-vous, avec chacun ses motivations, mais tous unis dans une même volonté de protestation, mais surtout un violent désir d’être entendus. C’est réellement ce que j’ai ressenti le plus fort aujourd’hui, un désir de compter. Et force est de le dire, pour espérer compter, peser, il fallait descendre dans la rue. Les paroles du Président sur l’invisibilité des grèves, je ne saurais dire combien de fois je les ai entendus moqués… « Celle-là, tu vas la voir ! » entre autres slogans. Oui, les français avaient besoin qu’on les entende et ont tous pris leurs responsabilités. Et quand je dis tous, je comprends aussi les salariés du privé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir en milieu de cortège une délégation CGT de Carrefour. Alors que depuis quelques jours, on entend la rengaine du « fonctionnaire gréviste », quelle ne fut pas ma joie en constatant que toutes les catégories étaient réunies. Il n’y avait plus d’affrontement public/privé comme on le présente parfois, il n’y avait que des français.

Etrangement, moi qui ai toujours été très en retrait des mouvements sociaux, j’ai franchi le pas pour de bon, me rendant auprès d’un ami responsable des MJS locales afin d’y prendre un badge « PS ». Pourquoi est-ce que je raconte cette anecdote ? Sans doute qu’elle est révélatrice d’un état d’esprit général, qui était de montrer, par tous les moyens, que l’opposition était partout. Et si mon badge représentait le pouvoir politique, il se mêlait à merveille à ceux des syndicats et des organisations diverses. Bien que défilant derrière la bannière de mon université, ce badge montrait qu’il ne s’agissait pas pour nous de défendre seulement le monde universitaire : La solidarité entre tous les composants de la société française qui souffrent ! C’était bel et bien ça le symbole, plus que le simple fait d’arborer la rose à mon veston. Et quand les gens ont commencé à bouger, la nouvelle est tombée : La tête de cortège était déjà arrivée au Pont Wilson, soit au bas mot 3 kilomètres plus loin ! Un long frisson a parcouru la foule, qui prenait enfin conscience de la puissance collective qu’elle représentait. Un cortège de 3 kilomètres de long à Tours, d’après les échos, c’était du jamais vu depuis le plus fort de la manifestation anti-CPE, dont on connaît finalement l’issue heureuse. Et j’avais moi-même bien du mal à croire que le cortège puisse être aussi long. Mais une fois l’avancée débutée, on a vite oublié que les badauds avaient déjà vu 2,5 kilomètres de manifestants devant nous. Tout le monde était réuni et les gens dans la rue étaient loin d’être hostiles, je dirais même le contraire.

Je crois que l’ampleur de la mobilisation a permis une chose essentielle à toute réussite future : Les gens, le public comprend et soutient. Ce soutien, n’en doutons pas, le gouvernement fera tout pour l’effriter, comme il tentera de dresser les syndicats entre eux. Mais j’ai vraiment espoir pour l’avenir. Certes, l’assemblée générale des étudiants et des personnels de l’après midi a accouché d’une souris, mais l’essentiel était ailleurs : les visages disaient tous la même chose, dans l’amphithéâtre bondé : Quelle journée ! Quand on a, comme la plupart d’entre eux, participé à la mobilisation anti-LRU de l’année dernière, avec si peu de soutien, et qu’on participe à une telle mobilisation, on ne peut que mesure le chemin parcouru. Et le soutien officiel des départements de droit et d’économie, pourtant peu enclins à la contestation, montre que cette fois, le malaise est général et renverse toutes les barrières classiques. La preuve ? Je suis allé manifester ! Et je n’étais pas le seul. Et vous savez quoi ? A la prochaine, j’en serai de nouveau. Et pas tout seul, aucun doute là dessus.

Hugo.

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