Une fois n'est pas coutume, je reprends le titre d'un hebdomadaire que je n'ai pas l'habitude de lire. Mais après le succès incroyable de la grève générale d'aujourd'hui, il faut bien reconnaître que certaines questions se posent.

2,5 millions de personnes! Ce n'est pas rien.
Ç
a l'est d'autant moins qu'il y avait là des gens de toute la France (y compris des petites villes rarement mobilisées) et de toutes les corporations. En parcourant la manifestation parisienne, j'ai vu des enseignants, des personnels hospitaliers, des cheminots, des magistrats, des policiers, des lycéens et étudiants, des personnels de transports aériens, des chercheurs, des anciens combattants... Alors oui, il faut dire qu'il y avait du monde. Mais je ne m'arrête pas à ça, car ce n'est même pas ce qui m'a le plus impressionné.

A l'arrivée de la manifestation, place de l'opéra à Paris, j'ai trouvé que la foule était belle. Elle n'était pas seulement là, mais elle vibrait, et elle était sincèrement en colère. Ce que vit la population française dans son ensemble, aujourd'hui, c'est un gigantesque raz-le-bol. C'est vraiment ce qui s'est senti ici: on en a assez de payer les pots cassés par les autres. Nous vivons dans un système qui profite à la minorité, et lorsque cette minorité ne profite pas assez (en temps de crise par exemple) c'est encore à la majorité de payer. Comment expliquer aux Français que les salaires baissent, que le temps de travail augmente, que le nombre d'emplois diminue, alors que les primes et salaires patronaux ont augmenté en 2008 de 170%? Comment expliquer que les services publics doivent se serrer la ceinture, qu'il faut supprimer des postes par dizaines de milliers dans l'éducation, fermer des hôpitaux et des tribunaux, quand le président de la République, censé être le premier fonctionnaire de France, augmente, lui, son salaire de 240% et le budget de plus de dix millions d'euros chaque année?

Il arrive un moment où, malgré la Star Acadéemy, les gens finissent par réfléchir, et par ne plus pouvoir accepter. Les réformes du gouvernement sont toutes négatives. En cherchant partout, il n'y a jamais rien de bon à y trouver, pour le public. Bien sûr, je ne crois pas que Nicolas Sarkozy reculera directement après cette grève. Mais je crois qu'il a senti, comme moi, l'odeur de poudre.

Cette odeur, que vous avez dû sentir aussi, et qui dit qu'il suffira d'une étincelle pour que le pays s'embrase. Si demain les étudiants du quartier latin dressent des barricades sur le Bd. St-Michel, que se passerait-il? Si demain la SNCF entrait dans une grève reconductible, que se passerait-il? Les gens qui manifestaient aujourd'hui n'étaient pas simplement en grève. Ils étaient en colère, et ça dépassait une réforme ou même un gouvernement. Les gens en voulaient au président, et par lui, au capitalisme. Preuve en sont ces milliers de personnes qui, après la manifestation ont essayé de se rendre au palais de l'Elysée (mais qui ont essuyé des gaz lacrymogènes, et parmi lesquelles 13 personnes ont été interpellées).

Je ne sais pas quelle sera la suite de ce mouvement du 29 janvier. Mais quelque chose me dit qu'on n'en a pas tout à fait fini.

Il y  a peu, quelqu'un a dit  "désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit." Je crois que la journée du 29 janvier aura montré à cette personne qu'il est temps qu'elle sorte de son petit monde...

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