Inutile de faire un dessin, tout est si simple.

Imaginons un monde bizarre.

I. Le contexte


Imaginons un pays qui cherche, depuis 1979, à s’imposer comme puissance locale, sur un monde arabo-musulman sans véritable leader depuis la chute de l’Empire Ottoman. Au hasard, appelons ce pays « Iran ».

Imaginons maintenant, à des centaines de kilomètres de là, un pays occupé, une population qui vit sous un double régime militaire, à la fois de l’occupant et des forces religieuses locales. Appelons, toujours au hasard, ce pays « Palestine ».

La Palestine, personne ne l’aime (à part ceux qui en sont vraiment loin). Personne ne l’aime parce qu’elle est dans une situation difficile, et qu’il est plus commode de prétendre qu’on l’aime, un peu comme un ami dans le besoin.

Un jour, sous la pression politique intérieure, face à l’activisme nationaliste, et pour satisfaire ses alliés embarrassés, l’occupant – que nous appellerons ici « Israël » - décide de céder partiellement aux pressions intérieures et extérieures en se dégageant de l’une des deux régions de la Palestine, que nous appellerons « Gaza ».

Ce jour là, les dirigeants palestiniens se divisent : d’un côté, les leaders nationalistes se rendent dans la région encore occupée (appelons-la « Cisjordanie ») pour expliquer qu’une indépendance nationale n’est pas une indépendance régionale. De l’autre côté, les leaders religieux (ne les nommons pas) se ruent sur Gaza sans se soucier des vraies questions nationales, et y prennent le pouvoir.

La situation devient problématique pour tout le monde – ou presque. D’abord pour les indépendantistes palestiniens, qui voient leur « zone libre » volée par les religieux. Ensuite pour Israël, qui voit sa bonne action volée par des ennemis déraisonnables. Enfin, pour les religieux, qui cherchent une reconnaissance et des alliés. Le seul pour qui il n’y a pas de problème, c’est l’Iran, qui voit là l’occasion de mettre son plan à exécution.

Les alliés d’Israël comme ceux des nationalistes palestiniens tournent le dos aux religieux, qui n’ont plus qu’un seul ami : l’Iran.

Tout est alors en place.

II. La provocation


Aux difficultés habituelles d’un pays coupé en deux s’ajoutent celles d’un pays religieux. La population palestinienne souffre de sa situation politique, d’autant plus que les religieux sont loin de la laisser choisir sa destinée, et que sans allié, ils ne payent pas vraiment les fonctionnaires. La situation sociale s’envenime, et quand elle devient vraiment critique, l’Iran vient enfin proposer son aide aux religieux.

Officiellement, et en public, des convois humanitaires, et des ressources économiques. Officieusement aussi, des armes pour se battre. Israël comprend la stratégie, mais fonce tête baissée comme un taureau : il intercepte les convois humanitaires pour ne pas laisser l’Iran établir son influence, mais ne voit pas passer les armes (ou les laisse passer pour mieux riposter par la suite).

Sans accès laissé aux convois humanitaires et aux ressources économiques, la Palestine a faim, et manque de structures pour soigner ses malades. Le peuple, et c’est normal, en veut à Israël. Les armes arrivées d’Iran sont alors toutes utilisées contre Israël. Pas pour tuer des civils israéliens, non, ni pour exprimer la colère d’un peuple (les religieux n’ont que faire de ce que ressent le peuple), mais pour exacerber celle-ci. C’est bien connu : quand tout va mal, rien ne détourne mieux l’attention qu’une guerre. Alors les religieux tirent des missiles contre Israël. Il y aura deux civils tués, mais surtout, cela mettra les dirigeants dans une posture difficile.

III. La décision réfléchie

En Israël, les élections approchent. Le gouvernement aurait une bien piètre image, s’il laissait son territoire être bombardé par ceux qu’ils dominaient quelques années plus tôt. Alors ils ripostent. La gauche, la droite, et l’extrême-droite soutiennent la riposte, quand bien même provoquera-t-elle la mort de centaines d’innocents (en 4 jours, on compte près de 70 civils, mais Israël indique que ‘ce n’est qu’un début’ ). Il n’y a guère que l’extrême-gauche pour voir là la réaction attendue à un plan néfaste à tous les peuples.

Les Palestiniens, qui ne comprennent pas pourquoi on s’en prend à eux – qui ne sont que victimes de tout le monde – implorent leurs dirigeants (nationalistes et religieux) de ne plus négocier avec ceux qui les tuent sans raison.

Les pays arabes, eux, sont très embarrassés : s’ils veulent se faire une place dans le concert des nations, ils doivent limiter l’influence de l’Iran, et ne peuvent pas aider la Palestine religieuse, et s’ils veulent soutenir un peuple arabe dans le besoin, ils ne peuvent pas rester passifs.

Encore une fois, un seul pays profite pleinement de tout cela : l’Iran. En soutenant clairement la Palestine, en appelant à la guerre sainte contre Israël, en revendiquant le financement des religieux de Palestine, il se rend plus populaire que jamais aux yeux des musulmans du monde entier, et notamment des Arabes.

IV. Et l’avenir ?


Admettons, même si aucun des deux ne le reconnaît officiellement, que l’Iran et Israël sont deux puissances nucléaires.

Jusqu’où l’Iran sera-t-il capable d’aller pour s’imposer dans la région, lui qui promettait, il y a peu, de rayer Israël de la carte ? En temps de paix, personne n’aurait compris qu’il tente effectivement de le faire, mais aujourd’hui qu’Israël a réussi à se faire détester du monde entier…

Quant à Israël, jusqu’où sera-t-il capable d’aller pour contrer les plans de l’Iran, qu’il sait hostile ?

Doit-on attendre, comme en Inde et au Pakistan (ou autrefois aux USA et en URSS) un équilibre de la terreur bénéfique ? Je peine à le croire. Les pays se poussent à bout, tombent volontairement dans des pièges gros comme des palais présidentiels, et font oublier ainsi les effets de la crise économique et financière. Une bonne guerre pour une bonne crise ?

Je vous souhaite à tous une très bonne année 2009.
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